Impressions de voyage,
Uruguay, amerique latine, arrivée le 12 Octobre 2009



Défense de la joie
Défendre la joie comme une tranchée

la défendre du scandale et de la routine

de la misère et des misérables

des absences transitoires

et définitives


défendre la joie comme un principe

la défendre de la stupéfaction et des cauchemars

des neutres et des neutrons

des douces infamies

et des graves diagnostics


défendre la joie comme un drapeau

la défendre de la foudre et de la mélancolie

des naïfs et des canailles

de la rhétorique et des arrêts cardiaques

des endémies et des académies


défendre la joie comme un destin

la défendre du feu et des pompiers

des suicides et des homicides

des vacances et de l’accablement

de l’obligation d’être joyeux


défendre la joie comme une certitude

la défendre de l’oxyde et de la crasse

de la fameuse patine du temps

de la fraîcheur et de l’opportunisme

des proxénètes du rire


défendre la joie comme un droit

la défendre de dieu et de l’hiver

des majuscules et de la mort

des noms et des pitiés

du hasard

et aussi de la joie.


Mario Benedetti Dans "Botella al mar (1), Cotidianas", 1979 (Editorial Sudamericana, 2000) ; dans "Antología poética" (Alianza Editorial, Madrid, 1999) ; et dans "Poèmes uruguayens" - Mario Benedetti, (Temps des cerises, 2005, traduction de l'espagnol par Annie Morvan).


casas y cabañas
La construction de terre, de bois, respire avec le vent, s’allume avec le feu. Elle est posée dans la nature et lui appartient. La pluie, les oiseaux, les chats, les enfants, la poussière pénètrent par tous les pores. Un coup de balai, tout recommence, c’est incessant, un mouvement perpétuel, une âme qui bat et s’agite.
La construction en béton est l’abri sûr, dur, fermé, renfermé, isolé. Une boîte carrée où l’humidité craquelle les murs. Un blanc triste et Sali, neutre, ennuyeux et sans vie.


con lo que hay... eloge du rafistolage
L’uruguyen récupère et répare. Ce n’est pas vraiment un élan écolo, mais une nécessité financière. Quoi qu’il en soit, on improvise, avec les moyens du bord. Rien ne se jette, rien ne s’achète, tout se transforme. L’usure, la rouille et les bouts de ficelle font le charme des humbles foyers.


elections presidentielles
Les élections approchent, ça sent bon les revendications. Les maisons, les rues, le pays, sont décorés aux couleurs des partis en présence : los Colorados, los Blancos, el Frente Amplio. Les deux premiers sont de droite, le dernier est le rassemblement de la gauche. Cet évènement avive les consciences. Les faits historiques, d’un passé dictatorial si proche, affleurent. En plus de voter pour leur futur président, les habitants doivent répondre à deux propositions par référendum.
La première consiste en l’annulation des lois d’impunité pour les militaires ayant exercé sous le régime de la dictature entre 73 et 84. Pépé Mujica, le futur représentant del Frente Amplio fut enfermé et torturé à cette époque comme beaucoup d’autres.
La seconde serait une autorisation de vote depuis l’étranger pour les uruguyens vivant à l’étranger (environ la moitié de la population).
Le Frente Amplio est à la tête du pays depuis 2005, c’est le premier gouvernement de gauche de l’Uruguay. Toutes les personnes que je côtoie ici sont pour ce parti. Il y a une véritable reconnaissance des bienfaits et avancées sociales qui ont eu lieu dernièrement pour les classes les plus humbles. Une énorme espérance également en un avenir meilleur.
Un exemple d’action qui a été menée et dont j’entends parler souvent avec beaucoup de fierté et de réjouissance dans les yeux : Chaque enfant reçoit à son entrée en primaire un ordinateur portable qu’il peut mettre en Wifi dans un tas d’endroits publics, et en classe. J’étais sceptique sur l’efficacité de la démarche mais tout le monde semble jouer le jeu et cet ordi est devenu un outil intéressant pour les familles. L’Uruguay fourmille maintenant de petites blouses blanches (l’uniforme), un ordi blanc et vert à la main.


la esperanza y otros milagros ( l’espérance et autres mirages)
Le film uruguyen el Baño del Papa (les toilettes du pape) de Enrique Fernandez et Cesar Charlone, m’a touché profondément.
Se créer des images lointaines, tellement lointaines, tellement absurdes, tellement belles.
Se laisser hamaquer, laisser son cœur s’échauffer à la lumière d’une idée.
Prendre ses rêves pour la réalité, prendre son élan, s’envoler, survoler, planer, rester la-haut, résister, ne pas toucher terre, effleurer, rebondir, s’évader.
La chute est cruelle, les chances inégales, la soupe amère.
Se maintenir, se soutenir, profiter des petits plaisirs, être en attente, patienter, s’impatienter, se révolter.
Etre obsédé.
Se créer des images lointaines, tellement lointaines…


misericordia campana
Au temps du presbitère José Benito Lamas, curé de la Matriz, s’installa comme sonneur de cloches, un nègre esclave appelé Ambrosio. Le surnom de Misericordia lui vient de la pittoresque habitude de saluer ainsi : « Misericordia seño »
Misericodia communiquait avec les cloches, les considérant comme des êtres vivants, et traduisit en notre langue leurs résonnances métalliques.
Il devint un héros marionnettique, personnage très populaire : protecteur des plus faibles, affrontant les dangers au fil des drames et tragédies. Misericordia bataillait sans autre arme que sa tête, utilisant l’art de la capoeira, parsemant le retable de poupées désarticulées, vaincues.


villa serrana
Uruguay s’étend planement à perte de vue. Les vallées et collines de la Sierra interrompent momentanément ce paysage. On « pénètre » à Villa Serrana par deux portes uniquement, figées dans la nature, par lesquelles passe un route de terre rouge. Les animaux y sont plus nombreux que les hommes : vaches, chevaux, chèvres, moutons paissent en liberté. Une variété impressionnante d’oiseaux crée la musique du lieu. Les habitations « humaines » parsèment discrètement cette étendue. Cette vallée a été investie il y a 50 ans, je suis curieuse de savoir ce qu’elle a pu être avant. Andrès me conte la légende del baño de la india, une cuvette formée par l’un des ruisseaux qui mènent au lac. Il conte en rimes et les quelques mots Guarani (indiens) qu’il utilise donnent au récit une profondeur d’un autre temps.
Julio Vilamajo, artiste et architecte uruguyen a créé ici un édifice en accord avec la nature : il paraît suspendu dans l’air et nous observe. El ventorillo est en phase de réhabilitation. Il n’y a plus qu’à espérer que le tourisme ne salisse pas trop ce paysage idyllique car les parcelles sont à vendre, « tout reste à faire », mais de quelle manière ?



quelques images

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